Quoi de plus extatique pour une personne que de participer librement au choix des hommes et à la gestion de la terre qui l’a vu naître. C’est cette liberté que confère l’indépendance d’une nation. Cela fait maintenant des années que les Sénégalais naissent libres et égaux sans discrimination. Habiter Thiès, Gorée, Saint Louis, Louga ou Fongolembi revient au même. L’appartenance à une quelconque entité territoriale confère les semblables droits qu’accorde la République. Fêter le jour où on a acquis ces faveurs renforce le degré d’appartenance à une unique et indivisible nation. Ce moment est aussi une occasion d’écouter le Président de la République faire un bilan solennel des actes déjà posés et ceux qui le seront dans un moyen terme pour la satisfaction durable des désirs et besoins des citoyens. Le 3 Avril 2009 Abdoulaye WADE s’est adressé à la nation sans pour autant persuader. Loin d’être rassembleur le message présidentiel est resté dans le spectre de la politique politicienne.
Le Président de la République a décidé de restreindre son front en éteignant les foyers de tension les plus acerbes. Pour cela, il faut commencer par amadouer les syndicats enseignants qui sont les plus bouillants sur le front social. WADE, avec son projet de forum national sur le statut de l’enseignant, compte se donner une bouffée d’oxygène en détournant cette catégorie de ses revendications premières qui est la source des grèves répétitives. S’il parvient à obtenir un consensus sur ce projet le Président pourra faire différer les grèves jusqu'à la fin de ce « ndeup » du secteur éducatif.
L’autre catégorie sociale à museler est la jeunesse. Cette couche n’a pas fini d’en vouloir au Chef de l’Etat qui lui avait promis monts et merveilles. In fine, nada ! Les jeunes sénégalais subissent le poids du chômage. Difficile pour eux de trouver du travail après une formation professionnelle dispendieuse. Combien de diplômés sont chaque année charriés par l’école sénégalaise sur le marché de l’emploi sans aucune garantie d’emploi ou de stage ?
Les entreprises privées ne recrutent guère et l’Etat peine à trouver une solution pour recruter les sans emploi de ce pays. Les projets de lutte contre le chômage crées par le régime de WADE ne sont d’aucune utilité dans la résorption du taux de chômage. Ils ont juste eu le don d’alourdir le budget du pays et de servir de point de recasement pour les militants du parti au pouvoir et de sa mouvance. A ces nombreux gouffres à milliard le Président compte ajouter un Observatoire National de l’Emploi et des Qualifications professionnelles « pour aider le gouvernement à piloter l’importante question de l’emploi des jeunes ». Ceci montre que ce régime n’a jamais eu une vision claire sur l’emploi des jeunes. Durant les neuf ans les gouvernements de WADE n’avaient aucunes politiques sérieuses et bien pensées. Il n’est donc pas surprenant que ces projets notamment le Fonds National de Promotion de la Jeunesse, l’Agence Nationale pour l’Emploi des Jeunes, le Service Civique National et le Programme Jeunes dans les Fermes Agricoles du Plan REVA aient échoués. Il en sera de même pour le cadet qui est l’Office pour l’Emploi des Jeunes de la Banlieue.
Il est certain que le régime libéral ne réglera pas le problème des sénégalais car pour y parvenir il faut que les solutions soient endogènes. Et ce n’est pas la mise sur pied d’un programme immobilier profitant aux seuls hommes de tenue et aux sénégalais de l’extérieur qui va nous sortir de cet imbroglio économique et social. En ce moment les sénégalais sont plutôt pour les fondamentaux de la vie. Certains n’arrivent plus à manger correctement, le vêtir est devenu un luxe et se soigner n’est plus à la portée du sénégalais lambda.
Certes, le Président a compris après les résultats du scrutin du 22 Mars 2009 mais à sa guise. En effet, il a compris qu’il n’entrait plus dans les plans des sénégalais lui qui veut pourtant se voir Chef de l’Etat à vie. Que les vainqueurs se le tiennent pour dit WADE ne les laissera pas diriger les Collectivités Locales en paix. Ils devront faire face à d’innombrables obstacles. Dans son discours le Président a tracé une ligne de démarcation entre les deux administrations. Il ne leur sera rien pardonné dans leur gestion. Les élus de l’opposition devront s’attendre à des contrôles inopinés c’est toute la quintessence de cette assertion « si d’un côté et de l’autre, Gouvernement et Collectivités locales, chacun respecte la loi et notamment les normes de gestion transparente et de bonne gouvernance, l’harmonie s’établira dans nos relations ». Cette harmonie n’est pas prêt de s’établir dans la mesure où WADE n’a pas toujours digéré les accusations de fraude lors des Présidentielles de 2007 et la lettre de l’opposition qui s’ensuivit.
Mais le principal hic reste le fichier électoral. Cet écueil n’est pas encore surmonté en dépit de la victoire de Benno Siggil Sénégal lors des locales. L’opposition ne fera pas l’erreur d’affirmer que le fichier est fiable du fait que c’est cette base de donnée qui sera utilisée avec quelques modifications dans trois ans et tout peut arriver entre temps. Le cas Karim WADE est présent du fait que l’opposition l’a au coin de l’œil. WADE parraine t’il toujours son fils pour sa succession ? WADE est-il prêt à respecter le jeu démocratique ? Des interrogations qui rendent impossible un dialogue politique franc et sincère entre les deux parties. Surtout que cette opposition a pris sa revanche sur le Président de la République qui lui déniait toute représentativité au profit de celle reconnue par WADE en l’occurrence l’opposition parlementaire.
Du statut de l’opposition et du chef de l’opposition, il n’est pas productif de s’attarder sur ce débat du fait que WADE n’en a cure. C’est encore une fois un moyen de déstabilisation de l’opposition. Rien ne sera laissé au hasard pour fragiliser les vainqueurs du 22 Mars 2009.
Les trois années qui nous séparent de 2012 seront très disputées sur le plan politique. Entre la volonté des libéraux de pérenniser leur pouvoir à tout prix et celle de l’opposition consistant à mettre fin à ce régime la bataille sera très rude et sans concession. Mais, fort heureusement le dernier mot appartient au peuple qui est seul souverain dans le choix du Président de la République.